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Un voyage en TROC

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L’histoire commence à ce Colloque tenu à St-Jean sur les services à développer pour les 16-18 ans.
Le pressentiment bien réel qui m’a habité en remplissant mon coupon de participation s’est finalement matérialisé. J’ai gagné un prix de présence, et pas n’importe lequel : le gros lot, soit une soirée dans le Troc avec les travailleurs de rue!
J’ai fait des envieux et des curieux! J’ai même eu des offres que j’ai refusées. Ayant participé à un atelier animé par Alain Martel, le superviseur des travailleurs de rue du Troc, je tenais à vivre cette expérience par intérêt personnel mais aussi pour vous la partager par cet article.
Me voilà donc en fin d’après-midi au Carrefour Jeunesse Longueuil Rive Sud situé sur la rue Ste-Hélène. Tel qu’il m’avait déjà prévenu, Alain est en retard et j’en profite pour observer et me renseigner. J’ai même le temps de lire le rapport annuel proposé par Annie, agente de développement.
Le Troc est un des nombreux services offerts par le Carrefour. Je me permets de citer la directrice Mme Danielle Goulet qui défini ainsi le rôle du Carrefour « …. Nous intervenons avec tous les individus, hommes ,femmes, enfants ou adolescents, peu importe leurs origines et leurs croyances. Les gens qui vivent avec des problèmes de santé mentale, de toxicomanie, de dépendance, d’insertion sociale, de décrochage, d’itinérance et de pauvreté font partie des citoyens que nous aidons tous les jours. … » Le troc dessert donc l’ensemble de cette clientèle.
Alain mon guide, arrive enfin. Son accueil est chaleureux. Je sens la passion qui l’anime lorsqu’il me dépeint la réalité du Troc, les différentes embûches traversées, de même que les succès réalisés. J’observe avec plaisir la proximité de nos croyances à commencer par le respect de la dignité humaine. Toute la soirée, j’ai observé que cette valeur n’est pas que théorique et chaque membre de l’équipe du Troc l’assume pleinement. Plus tard dans le feu de l’action, Alain rajoutera que la « protection des enfants » concerne l’ensemble de la société et qu’il y participe à sa façon. Ses interventions sont teintées de cette valeur et il lui arrive d’appuyer les personnes qu’il aide en les accompagnant lors d’une rencontre avec un intervenant du Centre Jeunesse. J’approuve pleinement cette vision qui interpelle l’ensemble de la société.
Vers 18 hres, Alain m’introduit dans l’équipe du Troc qui vient de se stationner en face du Carrefour. Myriam et Saïf travailleurs de rue, sont accompagnés par deux stagiaires. Alain démarre et le mastodonte amorce son périple dans Longueuil. (Du Mardi au Vendredi, le Troc effectue à chaque soir un trajet distinctif mais régulier pour chacun de ces soirs.) Nous sommes maintenant dans le quartier Christ Roy. Un parc adjacent à l’aréna Olympia est notre premier arrêt des trois stations déjà prévues. Quelques jeunes garçons pré-ados arrivent aussitôt et la familiarité bienveillante qui se dégage des échanges caractérise un lien de confiance déjà bien établi. A l’intérieur de l’aréna, Alain m’explique exemples à l’appui, certains problèmes résolus par leurs interventions (flânage, consommation, désœuvrement) Il insiste sur le fait que les jeunes ont participé à la résolution des problèmes et ont appris de cette expérience.
Je suis à l’intérieur du Troc observant la discussion avec Denis (nom fictif) qui a déjà vécu un problème de santé mentale et Valérie (nom fictif) qui se bat contre son image dégradante d’elle-même, lorsque je vois approcher un adulte à la mine crispée. Accueilli par Alain à l’entrée ouverte du Troc, cet homme demande si nous avons de la nourriture car il traverse : « une passe difficile ». Je ne sais pas trop comment comprendre l’attitude d’Alain qui rapidement, lui propose de parler avec lui mais à l’extérieur. J’observe par la fenêtre cherchant à deviner à travers les quelques bribes perçues, le sens de leur échange. L’arrivée de Myriam dans la discussion puis la rentrée d’Alain m’intrigue. Les mots « tampons d’alcool » et la gestuelle alimentent mon imagination déjà bien engagée sur une possible problématique de toxicomanie par injection. Je suis toutefois étonné de l’écoute attentive de l’homme envers Myriam, et de la posture d’égal à égal qui se dégage de cette discussion dont j’ignore toujours le contenu.
Depuis 90 minutes que nous sommes à cet endroit, les habitués savent qu’il est temps de partir. Comme ils le font après chaque arrêt, l’équipe fait un « retour » sur chacun des visiteurs. Quelques statistiques (hé oui, eux aussi…) puis, une discussion personnalisée sur les besoins des utilisateurs, et les moyens d’intervention utilisés. Lors de ce moment privilégié, où chaque membre de l’équipe s’exprime, je perçois bien toute l’importance qu’ils accordent à chaque personne venue au Troc. J’apprends alors que Alain a proposé à l’adulte demandant de la nourriture, un échange à l’extérieur non pas parce qu’il présentait un certain risque comme je l’avais cru mais pour respecter sa dignité et permettre à cet homme d’exprimer qu’il avait aussi une famille à nourrir. Donc la quantité de nourriture donnée a été ajustée en fonction de cette réalité. (Alain a dû, lors de la pose repas, retourner au Carrefour pour refaire le plein de sandwich) Il a aussi expliqué à l’homme les différents services du Carrefour. Myriam est intervenue au moment où le père a mentionné que sa fille avait une infection causée par un anneau au nombril… Ses explications étaient en lien avec cette problématique; bien loin de ce que j’avais imaginé. Denis (fictif) ex-problème de santé mentale a été engagé par les travailleurs de rue pour participer à la sécurité lors de quelques activités. Valérie (fictif) par la valorisation régulière qu’elle reçoit de l’équipe et après un stage d’un soir dans le Troc, poursuit avec succès des études qui l’amèneront à réaliser son projet.
Quelques bouchées au Tim habituel, et nous voilà arrivés dans le quartier Hubert-Perron. Nous sommes envahis par une meute de jeunes pré-ados fiers de nous montrer leurs pirouettes sur la clôture de l’école. J’ai à peine le temps de rencontrer Stéphane un animateur de l’équipe SQUAT qui occupe un petit local dans le parc. A l’extérieur, trois graffiteurs et Stéphane échangent avec passion sur leur projet de muraille alors qu’à l’intérieur quelques jeunes filles discutent. S’éloignant un peu du groupe, Stéphane commence à m’expliquer ses objectifs (dans la même famille que les nôtres : habiletés sociales, vivre des succès etc.) mais Alain vient me chercher puisque Raymond (nom fictif) un habitué, nous amène chez une mère en détresse. Rapidement, nous comprenons que les enfants sont placés et que la mère éprouve un certain ressentiment envers un certain organisme… J’observe Alain qui resitue les perspectives, reflète l’impact de certaines attitudes et offre de l’aide concrète (meubles, accompagnement etc.)
Après cette escale en terrain bien connu, c’est le retour dans le Troc et la discussion bilan. Cette fois, la problématique des préjugés envers le Troc et ses intervenants est abordée. En effet, une mère s’est présentée avec sa fille et a verbalisé aux travailleurs de rue, les commentaires négatifs qu’elle a reçues d’une personne ayant un rôle d’autorité dans le quartier. Elle s’est fait blâmer concernant la permission qu’elle donne à sa fille de fréquenter le Troc. Ce n’est pas le premier préjugé à l’égard du Troc mais visiblement, les intervenants sont déçus et la discussion est vive sur la mission et l’impact du Troc dans le milieu.
Notre dernier arrêt au coin de la rue Louise et du Chemin Chambly, renforce ma perception que les travailleurs de rue du Troc sont, pour plusieurs usagers, leur seule famille. Un adulte s’adresse à Alain juste avant notre départ, « te rappelles-tu de moé » Ça fait 14 ans qu’il avait rencontré Alain!
A n’en pas douter, les intervenants du Troc sont essentiels pour bon nombre de personnes. J’admire leur dévouement et leur sens de l’humanisme. L’importance qu’ils attribuent à la globalité de chaque personne qui se présente, m’impressionne.
Il est minuit passé et notre périple se termine. C’est avec l’expression de ma reconnaissance pour leur accueil envers moi et pour leur générosité envers leurs usagers que je quitte les travailleurs de rue du Troc. J’y ai vécu une fort belle expérience. Lorsque je les reverrai à l’œuvre, j’aurai en tête la qualité et l’intensité de la présence et du réconfort qu’ils offrent à chacun.
Merci et longue vie à toute l’équipe du Troc
Pierre Lefebvre
Intervenant DSJF
Équipe ados St-Jean
9 mai 2007
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