Il n'y a pas à dire, nous vivons des temps spéciaux. Bizarres. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le monde tangue vers la droite. Dans ma petite mémoire historique, la droite a généralement résulté en une gestion moins humaine de l'économie mais aussi des affaires sociales. J'ai dernièrement eu la chance de rencontrer des gens d'autres régions qui étaient aussi essoufflés, perdus, sans direction. Désabusés et épuisés. Je me suis donc demandé comment cela se faisait-il? Pourquoi vit-on une période de questions si existentielle? C'est cette réflexion qui m'a inspiré le titre de mon éditorial.
Gestion.
Qu'est-ce que la gestion? La gestion est l'ensemble des activités d'organisation, de planification, de direction et de contrôle nécessaires pour qu'un organisme ou une entreprise atteigne ses objectifs. Il va de soi que la gestion devient un élément essentiel à la réussite des objectifs communs et personnels poursuivis par chacune des organisations et des personnes qui y travaillent. La gestion a pour but de donner une direction et une cohérence à l'ensemble des activités et des services offerts à la population. Le contrôle est plutôt compris comme une façon d'évaluer les actions afin de bien remplir les objectifs, un contrôle de la qualité.
Humanisme.
L'humanisme, c'est quand on met les valeurs humaines avant les autres. C'est quand l'être humain, sa dignité, sa survie, deviennent les raisons premières de l'action de personnes ou d'organisme. Dans les organismes communautaires, cette valeur devient importante. Mais l'application de celle-ci devient de plus en plus difficile parce que l'économie veut rentabiliser en argent des actions qui sont difficilement mesurables sous l'aspect pécuniaire.
Gestion de l'humanisme.
Dans ma compréhension des choses, l'arrivée de la droite, qu'elle soit religieuse ou politique, amène une certaine rigidité dans le discours mais aussi dans l'action. La notion d'humanisme est de plus en plus mise de côté pour faire place à des notions de rentabilité, d'imputabilité. La rentabilité et la considération humaine sont très difficiles à concilier. Puisque d'un côté, la première considération est l'argent et que de l'autre, c'est l'humain. C'est surtout la notion d'imputabilité économique qui a amené les organismes communautaires à évoluer dans ce sens puisque, si le gouvernement considère qu'il y a gaspillage, il coupe les vivres. Ça a du sens à condition que la définition de gaspillage soit la même pour les deux parties. Quand le gouvernement considère la duplicité de certains services comme du gaspillage, il considère la fusion des organismes, voire l'annihilation de certains. Les travailleurs du communautaire et du social en général deviennent donc en mode survie. Le stress est énorme. Les administrateurs se sentent responsables de la vie économique de leurs employés. Même si le communautaire n'a jamais été vraiment stable, ça a amené une précarité sans précédent. Avec le courage qu'on leur reconnaît, les travailleurs et les administrateurs en font plus avec moins de ressources. Des postes sont coupés. L'épuisement se fait sentir. Les équipes sont de moins en moins tolérantes et se sentent de plus en plus isolées. Il y a augmentation des responsabilités mais diminution du pouvoir. La recette idéale pour l'épuisement professionnel.
De plus, cette situation rend aussi les personnes que nous rencontrons encore plus instables, plus exigeant envers nous. Il est plus difficile de les amener vers l'autonomie parce qu'ils ont peur et veulent remettre entre nos mains leurs décisions, leur vie. Notre vulnérabilité augmente la leur.
Plus la qualité de services est grande, meilleure est la réputation, plus la gestion se fait en fonction d'éliminer les failles. Le réflexe est de bâtir une organisation style machine, qui se doit d'être efficiente et irréprochable. Les employées et les services sont évalués selon leurs dysfonctions, leurs failles. La tendance est donc à la centralisation des pouvoirs, l'augmentation des responsabilités. Au fur et à mesure, les employés, les cadres et la direction n'ont plus accès à l'énonciation de leurs forces et de leurs réussites. Le moral est atteint. Le sentiment d'appartenance en prend pour son rhume. Il y a de plus grandes failles et le système se resserre. Il y a donc établissement d'un cercle vicieux qui est difficile à voir et plus encore à casser. Même si le portrait n'est pas joyeux, il y a pourtant un moyen de se sortir de ce bourbier.
L'humanisme de la gestion.
Est-ce que gestion et humanisme sont incompatibles? Est-il utopique d'espérer une combinaison des deux? Il me semble que non. Le modèle n'est pas plus facile que celui de la gestion de l'humanisme ou de la gestion style machine. Il est basé sur la reconnaissance des forces individuelles par l'individu même, par l'équipe immédiate, la direction et l'humanisation des failles. Il est donc pensable que la direction reconnaisse les qualités personnelles des gens qu'elle a engagés puisque la première évaluation des employés a justement été basée sur ces qualités. La deuxième étape est donc de vendre à l'employé ces forces en les nommant et les reconnaissant comme atout important au sein de l'organisme. L'étape suivante consiste à faire reconnaître ces forces individuelles par l'équipe. Il faut arriver à faire que chaque membre de l'équipe utilise les forces de ses collègues là où son habileté est moins reconnue. La force de l'un comble le trou de l'autre. Ce qui amène une forme de service que j'appelle `Le parapluie`. Imaginez que chaque doigt de votre main représente un employé de l'organisme et que l'espace entre chacun des doigts représente les failles des services. Si vous prenez vos mains et que vous les croisez, vous verrez que chaque doigt remplit un espace-faille. Les failles sont donc diminuées. L'effet parapluie amène donc une diminution des failles. De plus, parce que chacun reconnaît les forces de l'autre et que le patronat adhère à cette compréhension de chacun, il n'est plus nécessaire de travailler sur leur estime d'eux. Le sentiment d'appartenance décuple. L'ardeur et l'entrain au travail augmente et le degré de satisfaction personnelle augmente aussi.
Une fois que le travail de reconnaissance des forces est terminé. Il ne reste qu'à l'entretenir.
Il reste donc la dernière étape soit l'humanisation des failles. Ceci consiste à faire comprendre aux différentes personnes côtoyant l'organisme que les failles qu'elles ont découvertes font partie des impondérables humains. Les gens développent leur tolérance et la pression de la performance diminue jusqu'à ce qu'elle devienne un élément de motivation au lieu d'une motivation à l'écrasement. Par la suite, il reste à entendre les commentaires et les critiques et voir comment on peut continuer à améliorer les services.
Ceci est une démonstration plutôt théorique mais avec de la bonne volonté de chacun, le tout peut se mettre en branle assez vite pour voir des changements au bout des deux premières années d'application. Malheureusement, on est dans un virage à droite. Et comme je vous le disais plus haut, le virage à droite…
Je vous rappelle que cet éditorial ne représente pas nécessairement la position de Carrefour Jeunesse Longueuil Rive-Sud. Je suis le seul responsable de celui-ci. Merci de me lire.
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