Raciste. Accueillant. Accommodement. C'est parti. Un regard cru, franc directe sur la société québécoise. Comme vous le savez, j'ai souvent des histoires, en voici une autre.
Il y a belle lurette, en 1992-93 à peu près, je travaille un midi dans une arcade, comme travailleur de rue avec ma collègue du temps, Danielle. Des intervenants issus d'une communauté culturelle sont aussi présents. Puis, il y a une bataille dehors. Deux jeunes. Un blanc, un noir. Le noir est sur le blanc. Je sors donc, avec ma collègue, afin de voir comment on peut faire cesser le tout. Les autres nous regardent du dedans de l'arcade. Je prends donc le premier sur le bord, qui s'adonne à être le noir, j'essaye de le calmer et de voir ce qui se passe. Pendant ce temps-là, le blanc retourne à l'école. Ça ne me dérange pas trop puisque je le connais et je le reverrai à la fin de l'après-midi. Finalement, tout se calme et nous retournons jouer au billard.
Quelques jours plus tard, j'ai une rencontre avec les intervenants qui ont assisté à la dispute que je viens de vous raconter et qui ne sont pas intervenus. Ils m'ont demandé pourquoi j'avais pris le noir et non le blanc. Je leur ai répondu que pendant une bataille, je ne prenais pas une couleur mais un individu que je pouvais amener à se calmer. Et la discussion a pris. Plein de questions assez insidieuses comme, par exemple, est-ce que tu parles à ça un skinhead néonazi? Je réponds que oui parce que je ne pourrai jamais l'influencer si je n'ai pas de contact avec lui. Ils me répondent que je suis raciste parce que si je lui parle, je cautionne ses actions. Je leur ai dit que je travaillais dans la communauté noire depuis quelques années et que je n'avais aucun problème de ce genre. Ils m'ont répondu que je n'étais qu'une espèce de colonialiste et impérialiste blanc qui se croyait supérieur au point de vouloir sauver ces pauvres nègres de je ne sais quoi. Je suis demeuré bouche-bée. Mais, de cette conversation sont sortis deux événements. Le premier, c'est qu'ils ont passé le mot dans la communauté noire que je n'étais qu'un raciste sous mes airs de bons gars et la communauté s'est fermée à moi. Elle l'est toujours d'ailleurs. Le deuxième, je me suis dis qu'ils avaient raison. J'étais raciste et je ne m'en rendais même pas compte.
Je ne comprenais plus rien parce que, dans ma famille, il y a des gens d'origine dominicaine et égyptienne. Je ne me sentais pas raciste. J'ai douté longtemps. Ce doute m'a empêché d'être bien en compagnie de gens issus de communautés culturelles différentes. Ce malaise me confirmait que j'étais bien…enfin. Heureusement, Carrefour Jeunesse Longueuil Rive-Sud a engagé Sheila. Elle est d'origine haïtienne. C'est elle qui m'a fait réalisé ce qui se passait et comment j'avais réagi à la situation. Que je n'avais rien à craindre, je suis bel et bien celui que je pense. Ouf!
ourquoi est-ce que je vous raconte tout cela? Parce que je trouve quelques similitudes entre ce que je vous raconte et ce qui se passe avec les médias et la question du racisme au Québec. J'ai l'impression qu'on me répète que je suis raciste pour des raisons futiles. La première étant la guerre des médias. Comment cela se fait-il que nous ayons une enquête de ce genre? Accommodements raisonnables. Réactions hostiles. Donc xénophobie. Racisme. On le prouve par un méga sondage qui dit à peu près ce que chacun veut bien que ça dise. 59% racistes solides. 88% accueillants pis quoi encore? J'ai peur que chacun se légitimise dans ses actions par ce fameux sondage. J'ai peur que plein de gens aient la réaction que j'ai eu et se convainquent et qu'ils se croient racistes et agissent comme tel.
Est-ce que je suis antisémite si je pense qu'Israël a mal agit au Liban? Ou que je ne suis pas d'accord pour qu'on empêche une policière de faire son travail qui est, en autres, de représenter les valeurs et principes qui régissent notre société québécoise? Non. Est-ce que je suis antimusulman si je dis que je ne veux pas de tribunaux islamiques? Non. Est-ce que je deviens intolérant envers quelqu'un quand je dis oui au kirpan et non au sapin de Noël? Suis-je antiquelquechose si je pense que la laïcité doit primer sur le reste parce que j'ai des ancêtres qui se sont battus pour faire de ce pays ce qu'il est et veux que mes valeurs soient reconnus autant que celles des autres?
Non, non et non. Je n'ai pas le démon. Je ne suis pas la bête. J'aime ce qui a fait de cette terre une magnifique terre d'accueil où les gens de plusieurs communautés trouvent leur compte et peuvent vivre décemment leur vie dans des valeurs qui leur ressemblent. C'est pour cela qu'il faut garder ce qui est notre essence et ne pas nous dilapider ou nous évaporer sous le poids de l'accommodement raisonnable ou encore celui de l'épithète raciste. Nous nous sommes tant battus afin qu'on reconnaisse, même entre nous, notre identité, ne la gaspillons pas. Merci de me lire. Merci de me publier.
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