Je prends le temps d'écrire quelques mots sur la présence canadienne en Afghanistan. Ma position est claire. Non à la guerre. Non à la violence. Non à l'hégémonie. C'est la première fois depuis belle lurette que les soldats canadiens sont en position de combat en plus de leur position d'aide humanitaire pour laquelle ils ont une grande renommée. Déjà, le fait de remplir deux mandats différents n'aident pas la cause des soldats. Comment savoir si le soldat qui se présente chez moi est de la catégorie humanitaire ou répressive? Alors je présumerai qu'il est hostile. Mais ce n'est pas ce qui m'inquiète le plus, c'est comment on prendra soin de nos soldats à leur retour. Peut-être trouverez-vous cela épouvantable mais vous comprendrez plus en lisant ce qui suit. Certains faits ont été omis afin de préserver l'anonymat de la personne.
Au milieu des années 90, un dimanche, j'étais Place Longueuil à faire mon épicerie quand un homme, cheveux coupés en brosse, manteau de l'armée canadienne, tenant par la main une fillette, cheveux blonds bouclés d'à peine cinq ans, m'interpelle. Après s'être assuré que je sois "le gars du Troc", il me raconte l'histoire. À chaque minute qui passe, nos pas s'accélèrent. À la fin, la petite fille ne suit plus et il la traine. Elle ne pleure pas. Elle ne fait que répéter : " Mais qu'est-ce qu'il y a papa ?" À chaque mot qu'il dit, la terreur s'empare de ses yeux. Il déclame une série de mots. À la vitesse de l'éclaire. Il fixe le sol. Je vois bien qu'il voit ce qu'il raconte. Je ressens sa terreur. Je ressens son désarroi.
Il était en Somalie pendant la période où les Canadiens ont été sévèrement critiqués et quelques uns condamnés pour séquestration et tortures de somaliens. Il m'a raconté qu'un jour, pendant un tour de garde, un père somalien est apparu avec son fils de dix ans. Il engueulait le soldat en question et son copain en leur disant qu'ils avaient la prétention de venir sauver les somaliens mais qu'ils ne pourraient jamais le faire. Il a pris sa machette et a coupé la tête du fils en jouant avec la tête comme un joueur de soccer jouerait avec un ballon. Le somalien a dit ceci avant de partir : "Vous voulez nous sauver et vous n'avez même pas pu sauver mon fils"
À mesure que nous parlions, j'étais abasourdi. J'avais peine à contrôler mes émotions. Il a fini son histoire en me disant que son compagnon d'infortune, depuis son retour au Canada, prenait sa femme et ses enfants, les enfermait dans le garde-robe de sa chambre à coucher en y tenant la garde, accroupi avec sa carabine. Il voulait sauvegarder sa famille des atrocités de la vie d'aujourd'hui. Je lui ai recommandé de voir les services psychologiques de l'armée. Il m'a répondu qu'il n'aurait pas droit à sa retraite s'il était déclaré inapte au service. Je ne l'ai jamais revu. J'ai tellement pleuré. J'ai essayé d'avoir de l'aide professionnelle afin de passer au travers de ça et on m'a répondu que j'étais naïf et que son histoire n'était pas vraie et qu'il avait voulu seulement m'intimidé. Pourquoi m'intimider? Aucune idée. Enfin…Ceci était une mission de paix. Alors quelles horreurs verront nos soldats en Afghanistan? Que vivront-ils que nous ne saurons jamais?
On peut toujours faire un débat quant à notre présence en Afghanistan ici, au Canada. Mais nos soldats ont dépassé le stade de l'idéologie. Ils sont dans la pratique. Leurs familles sont aussi prises entre l'idéologie et le cœur. Alors je pense que, malgré mon opposition à la guerre, j'aimerais que l'on se prépare à recevoir les êtres humains qui ont servis pour la démocratie et que pour que nos valeurs et principes se propagent à travers le monde. Pensons à comment les soldats de nos voisins du sud sont reçus chez eux. Les différents syndromes des différentes guerres qu'ils ont faites et que nous connaissons à peine. Enfin, au-delà de ce que je pense de la guerre, donc, je voudrais que l'on trouve déjà les moyens de diminuer la souffrance de ces hommes et femmes et de les accueillir comme il se doit lors de leur retour au pays. J'aimerais bien aussi que le débat de société ait lieu quand même sans oublier nos frères et sœurs combattants afin que nous évitions à nos soldats d'être pris dans un tel merdier dans l'avenir. Sans vouloir vous faire peur avec ça, saviez-vous que les premiers Hells Angels sont des pilotes américains vétérans de la deuxième guerre mondiale qui n'ont pu ou n'ont su retrouvé une vie normale après la guerre? Ils ont tiré leur nom d'un enseigne placé sur des bombes livrées en Allemagne…hell's angels. Mon objectif n'est pas de vous apeurés mais ma question demeure : comment allons-nous faire pour trouver une place décente à nos vétérans de la guerre en Afghanistan? Merci de me lire. Vous pouvez me faire parvenir vos commentaires à:
a.martel@cjlrs.com A la prochaine.